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Construire un avaloir de cheminée : calculs, plans et maçonnerie

Sommaire

Le foyer est posé. Le cœur de votre cheminée est en place. Mais l'étape la plus redoutée arrive maintenant : la construction de l'avaloir. C'est précisément ici que se joue la différence entre une cheminée qui chauffe pour de vrai et une installation qui enfume votre salon à la moindre rafale de vent.

Beaucoup d'autoconstructeurs négligent cette pièce. Ils pensent qu'il suffit de relier le foyer au conduit par une simple pyramide. C'est une erreur grossière.

L'avaloir n'est pas un simple entonnoir. C'est une chambre de décompression, une pièce technique qui doit être calculée au millimètre. Si vous cherchez une méthode précise, basée sur la physique des fluides et non sur l'improvisation, on va s'entendre. Laissez tomber les kits préfabriqués hors de prix. Voici comment maçonner votre propre avaloir sur-mesure.

Pour construire un avaloir de cheminée à foyer ouvert efficace, il faut respecter une forme tronconique avec une inclinaison des parois d'au moins 60 degrés. Situé entre le foyer et le conduit, il doit offrir un volume suffisant pour absorber les bouffées de fumée et disposer d'une surface lisse pour accélérer le tirage thermique sans turbulences.

Le rôle de l'avaloir dans le tirage (et pourquoi ça rate souvent)

Voyez l'avaloir comme le carburateur de votre cheminée. Son job dépasse la simple évacuation. C'est un régulateur de pression entre la zone de combustion (le foyer) et la zone d'évacuation (le conduit).

Le principe physique ici, c'est l'effet Venturi. Quand les gaz chauds montent, ils doivent accélérer progressivement pour vaincre la pression atmosphérique extérieure en sortie de toit. L'avaloir, par sa forme convergente, comprime ces gaz pour booster leur vitesse ascensionnelle.

La plupart des échecs en autoconstruction viennent d'une géométrie hasardeuse. Un angle trop faible ou une surface intérieure rugueuse ? Vous créez des turbulences. Au lieu de monter, la fumée tourbillonne, refroidit, redescend et finit par envahir la pièce. C'est le fameux refoulement. Pour garantir un tirage thermique puissant, la fluidité du parcours compte autant que les dimensions.

Les 3 règles d'or mathématiques avant de poser la première brique

Ne gâchez pas votre mortier avant d'avoir validé ces trois mesures. Si l'une d'elles est fausse, le tirage sera médiocre, voire inexistant.

Schéma technique 2D des dimensions et angles d'un avaloir (60 degrés)

La règle du rapport 1/9ème

C'est la règle souveraine pour dimensionner la sortie de votre avaloir (la trémie) par rapport à l'entrée de votre foyer. Pour qu'une cheminée à foyer ouvert fonctionne, la section du conduit de fumée doit représenter au minimum 1/9ème de la surface d'ouverture du foyer.

Si votre avaloir connecte un grand foyer à un petit conduit, vous créez un goulot d'étranglement. La fumée ne passera pas.

Largeur Foyer (cm) Hauteur Foyer (cm) Surface Ouverture (cm²) Diamètre Conduit Min. Recommandé (mm)
60 50 3000 200 (ou 20×20 carré)
80 60 4800 250 (ou 25×25 carré)
100 70 7000 300 (ou 30×30 carré)
120 80 9600 350 (ou 30×40 rectangulaire)
💡
Conseil Pro

Si votre conduit existant (boisseau) est trop petit par rapport à ce calcul, vous devez impérativement réduire la hauteur d'ouverture de votre foyer, par exemple en abaissant le linteau, pour rétablir le ratio.

L'angle d'inclinaison critique (60° minimum)

La pente des parois de l'avaloir ne doit jamais être inférieure à 60 degrés par rapport à l'horizontale. Pourquoi ce chiffre ? Parce que la fumée chaude est « paresseuse » : elle veut monter verticalement.

Si vous l'obligez à suivre une pente trop douce (45° par exemple), elle va ralentir, lécher la paroi, se refroidir et créer une zone de dépression locale. Résultat : retour de fumée garanti. Plus la pente est raide, plus l'accélération est franche.

Le dimensionnement de la hauteur

Pour que l'avaloir joue son rôle de « tampon » (absorber une grosse bouffée de fumée lors d'un ajout de bois sans qu'elle déborde dans la pièce), il lui faut du volume. La règle empirique des âtriers est simple : la hauteur de l'avaloir (du haut du linteau jusqu'à la base du conduit) doit être sensiblement égale à la hauteur de l'ouverture du foyer.

Choix des matériaux : maçonnerie traditionnelle ou métal ?

Avant de sortir la truelle, il faut choisir son camp.

  • Briques réfractaires / Béton réfractaire : C'est le choix de la durabilité et de la performance. La maçonnerie offre une excellente inertie thermique. L'avaloir reste chaud longtemps et maintient le tirage même quand le feu baisse. La mise en œuvre demande un peu de doigté (technique de l'encorbellement), mais le jeu en vaut la chandelle.
  • Métal (Acier/Fonte) : On les trouve souvent en kits. Ils chauffent très vite, ce qui aide au démarrage, mais refroidissent tout aussi vite. En fin de flambée, le tirage peut s'effondrer brutalement. Pire, la dilatation du métal peut fissurer l'habillage si les joints de dilatation sont mal gérés.

On va se concentrer ici sur la méthode maçonnée. C'est la seule qui permet un véritable sur-mesure indestructible.

Tutoriel : construire son avaloir maçonné en 5 étapes

Voici la marche à suivre pour réaliser un avaloir en briques réfractaires ou en éléments de terre cuite sans y laisser sa santé mentale.

1. Préparation et traçage du gabarit

N'essayez surtout pas de maçonner « à l'œil ». La symétrie doit être parfaite pour que la colonne de fumée reste centrée.

Tracez au sol (ou sur un panneau de contreplaqué) la coupe de votre avaloir en grandeur nature. Cela vous permettra de vérifier que vos angles respectent bien les 60° et de définir la position exacte du départ de conduit. Idéalement, fabriquez un gabarit en bois (forme tronconique) que vous poserez temporairement sur le foyer. Il servira de guide physique pour monter vos briques tout autour.

2. La technique de l'encorbellement (pour la brique)

C'est la technique clé de ce chantier. Contrairement à un mur droit, chaque rangée de briques doit dépasser légèrement vers l'intérieur par rapport à la rangée inférieure.

  • Utilisez un mortier réfractaire ou un ciment fondu mélangé à de la chamotte. Le ciment portland classique ne tiendra pas la chaleur, il finira en poussière.
  • Le décalage de chaque brique ne doit pas dépasser un quart de sa largeur. C'est la limite pour garantir la stabilité avant séchage.
  • Maçonnez simultanément les quatre côtés (ou trois si le mur du fond, le contre-coeur, reste droit) pour « fermer » progressivement la pyramide vers le conduit.

Gros plan sur la technique de maçonnerie en encorbellement pour un avaloir

3. Le coulage (option béton réfractaire)

Si la pose de briques en encorbellement vous semble trop périlleuse, le béton réfractaire est une alternative solide.

  • Réalisez un coffrage perdu en bois (aggloméré) à la forme exacte de l'intérieur de l'avaloir.
  • Ferraillez légèrement l'ouvrage (attention à utiliser des aciers adaptés qui ne se dilatent pas excessivement).
  • Coulez un béton réfractaire vibré pour chasser les bulles d'air.

4. L'installation de la trappe de registre

Le registre (ou clapet) est indispensable pour l'isolation de la maison quand la cheminée est éteinte. Il s'installe au sommet de l'avaloir, juste avant la jonction avec le boisseau ou le tubage.

Scellez le cadre du registre dans la maçonnerie en laissant un jeu de 5mm rempli de tresse de verre ou de joint réfractaire souple. Le métal va se dilater beaucoup plus que la maçonnerie. Sans ce joint, il fera éclater le haut de votre avaloir dès la première grosse flambée.

5. L'étape vitale : le lissage intérieur (Parging)

C'est le secret des pros que les amateurs ignorent trop souvent. Une fois la forme brute montée, l'intérieur de l'avaloir est plein d'aspérités. Ces « marches » sont catastrophiques pour le flux d'air.

Vous devez enduire tout l'intérieur de l'avaloir avec un mortier fin réfractaire pour obtenir une surface parfaitement lisse.

  • Comblez les « escaliers » des briques.
  • Lissez à la taloche éponge.
  • L'objectif est d'empêcher la suie et le bistre d'accrocher (risque d'incendie) et de permettre à la fumée de glisser comme sur un toboggan.

Les erreurs fatales à éviter lors de la construction

L'expérience montre que trois erreurs reviennent tout le temps et ruinent les performances :

  1. Créer des « escaliers » non lissés : Comme on l'a vu, laisser les briques apparentes en gradins crée des turbulences. La fumée « cogne » contre chaque marche. Il faut que ça glisse.
  2. Oublier l'isolation thermique : Un avaloir maçonné ne doit pas être en contact direct avec l'habillage décoratif (la hotte en placo-feu par exemple). Laissez un vide d'air ventilé et isolez l'extérieur de l'avaloir avec de la laine de roche surfacée alu. Cela évite les chocs thermiques qui fissurent la hotte.
  3. Le raccordement rigide au conduit : Ne scellez jamais « en dur » l'avaloir au premier boisseau du conduit. Utilisez un raccord souple ou un joint de dilatation. Les mouvements structurels de la maison ou la dilatation du conduit finiraient par cisailler votre ouvrage.
    ⚠️
    Attention

    Le respect du DTU 24.1 (Fumisterie) est impératif pour votre sécurité et votre assurance. Une cheminée mal conçue est un risque mortel d'intoxication au monoxyde de carbone. Au moindre doute, faites valider votre plan par un professionnel.

FAQ

Quelle est la hauteur idéale d'un avaloir ?

Visez une hauteur équivalente à celle de l'ouverture du foyer (l'âtre). Pour un foyer ouvert standard, ne descendez jamais en dessous de 60 cm de hauteur d'avaloir. Sinon, la fumée refoulera par manque de volume de décompression.

Comment calculer la pente de l'avaloir ?

Pas besoin d'être ingénieur. Pour respecter l'angle minimal de 60°, retenez cette règle pratique : pour chaque tranche de 10 cm de hauteur, le décalage vers l'intérieur (rétrécissement) ne doit pas dépasser 5,7 cm.

Peut-on utiliser du ciment normal pour un avaloir ?

No, absolument pas. Le ciment gris classique n'est pas fait pour supporter les hautes températures et les chocs thermiques répétés. Il va se déshydrater, fissurer et finir par tomber en morceaux dans le foyer. Utilisez obligatoirement du ciment fondu ou du mortier réfractaire spécifique.

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